Censure

∴ Une censure paradoxale inhérente au domaine ∴

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Un public jeune est également synonyme de fonction pédagogique dans les productions qui lui sont destinées, car c’est un période de la vie en étroite relation avec le cadre scolaire. Qui dit pédagogie, dit éducation et par là, censure : il nous faut prendre en compte la loi de 1949 sur les « publications destinées à la jeunesse » qui comprend toute une série de règles à respecter pour écrire à destination de la jeunesse.

Ainsi, la littérature pour la jeunesse, et plus spécifiquement le roman dans le cas qui nous intéresse, se voit être une littérature accordée à la jeunesse par une instance adulte, une littérature formatée pour son public et commerciale par nature – les romans de littérature générale passant en jeunesse par le processus de circulation descendante sont donc exclus. Pourtant, un destinataire précis n’empêche pas un champ littéraire d’être un minimum autonome. Les auteurs eux-mêmes se battent avec la censure, entre celle imposée (explicite) et celle intériorisée (implicite, propre à chaque auteur, une forme d’autocensure). Cette dernière méthode de censure est en partie influencée par l’intimidation de cette loi de 1949, mais surtout par un horizon d’attente propre à un public spécifique.

Le roman pour la jeunesse (et surtout celui adressé aux adolescents) est le secteur le plus tendu, dans la mesure où son public a la réputation d’être friand de thèmes tabous : quel paradoxe[9] de devoir aborder des thèmes dont on ne peut pas parler en toute impunité ! Depuis le début de la création éditoriale d’un secteur jeunesse jusqu’à nos jours, ce paradoxe a peu à peu perdu de sa force car il existe des techniques d’adaptation, de contournement ou de mise en sourdine de ces sujets tabous et les mœurs ont évolué. Cependant, cela reste un problème car tout ne peut jamais être dévoilé.

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[8] Delbrassine Daniel, Le roman pour adolescents aujourd’hui : écriture, thématiques et réception, Paris, SCÉRÉN-CRDP Académie de Créteil – La Joie par les livres, coll. « Argos Références », 2006, pp. 51-80.

[9] Appelé « paradoxe de Soriano » grâce aux conclusions de ce dernier dans un ouvrage de 1974.

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