Définition

∴ Le champ de la littérature jeunesse ∴

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Le secteur des productions pour la jeunesse, terrain commercial prolifique, regroupe divers types d’œuvres, allant de l’album pour enfants jusqu’au roman adressé aux adolescents, en passant par le pop-up, les documentaires et les livres-jeux[1]. […] La désignation « littérature jeunesse » a plusieurs synonymes : par exemple « littérature de jeunesse » et « littérature pour la jeunesse », qui sont les plus courants. L’utilisation de la particule « de » ou « pour » a été le sujet de débats dans les années 1970, la première étant relativement neutre là où la seconde marquait une certaine intentionnalité. Afin d’éviter toute confusion, je privilégie l’expression neutre « littérature jeunesse », tout en n’oubliant pas que ce type de littérature est avant tout pour la jeunesse.

Deux remarques sont à garder à l’esprit lorsqu’il s’agit de littérature jeunesse :

• les œuvres de ce type sont sélectionnées avant tout sur un critère éditorial (pour preuve, on peut parler de la circulation des œuvres entre la littérature de jeunesse et générale, et inversement) ;

• cette production littéraire n’est pas aussi légitime que la littérature générale (celle « pour les adultes »). À ce propos, dans son ouvrage d’Introduction à la littérature de jeunesse, Isabelle Nières-Chevel conclut :

[…] On rencontre dans la littérature d’enfance et de jeunesse des textes univoques et d’autres qui semblent susciter une invention renouvelée de la part de leurs lecteurs. Il y a littérature (quel que soit l’âge du destinataire) lorsqu’un texte ne s’épuise pas dès la première lecture, lorsqu’il résiste et que de nouvelles lectures – qu’elles soient de notre fait ou d’un autre – ouvrent de nouveaux réseaux de sens. Comme dans la production pour adultes, il y a parfois de la littérature dans la masse de ce qui s’écrit pour les enfants.[2]

De ce fait, on peut se poser la question du caractère littéraire des œuvres pour la jeunesse. C’est sur ce point qu’intervient le travail de Bertrand Ferrier[3] dont le but est de déterminer sous quelles formes, modalités et conditions la littérature pour la jeunesse existe. Dans sa conclusion générale[4], il définit un phénomène fondamental en littérature jeunesse, celui de l’équilibre très précaire entre pédagogie (la fonctionnalité d’une œuvre) et littérarité – qui pourrait même avoir une fonction utilitaire, celle d’initier à la littérature pour adultes. Selon lui, la littérarité d’une œuvre doit primer sur son utilité morale. Pour ce faire, elle doit englober les deux horizons de réception de la littérature jeunesse, le premier étant constitué des jeunes lecteurs et le second contenant les prescripteurs. La littérarité n’est cependant concrète que lorsqu’elle joue avec le langage et qu’elle interroge la fonctionnalité d’une œuvre : « […] par littérarité, il f[aut] entendre […] l’art d’écrire incorrectement, c’est-à-dire en biaisant consciemment avec des codes et des exigences, de manière à montrer aux jeunes lecteurs les riches possibilités de la langue […] »[5]. Par conséquent, la littérature à destination du jeune public est subversive[6] par essence.

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[1]Nières-Chevel Isabelle, Introduction à la littérature de jeunesse, Paris, Didier Jeunesse, coll. « Passeurs d’histoires », 2009, p. 19.

[2] Nières-Chevel Isabelle, op. cit., p. 24.

[3] Ferrier Bertrand, Tout n’est pas littérature ! La littérarité à l’épreuve des romans pour la jeunesse, Rennes, PUR, 2009.

[4] Ferrier Bertrand, op. cit., p. 405-409.

[5] Ferrier Bertrand, op. cit., p. 408.

[6] La jeunesse du public-cible et la fonction de divertissement des œuvres qui leur sont adressées permettent malgré tout de déguiser le discours afin d’exprimer certaines vérités, d’où la subversivité essentielle de ce type de littérature.

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