Public ciblé

∴ Une littérature pour la jeunesse ∴

Ayano Imai

Ce qui suit se base sur l’ouvrage de Daniel Delbrassine, Le roman pour adolescents aujourd’hui : écriture, thématiques et réception[7].

La période de 1945 à 1990 a vu des changements importants se faire dans le champ de la littérature jeunesse. Au départ, ce champ était majoritairement constitué de séries classiques republiées et de romans de littérature générale exportés. Ensuite, de plus en plus de récits inédits ont vu le jour dans des collections et maisons d’édition spécialisées, avec une démocratisation de l’accès au livre grâce au format de poche. La qualité d’écriture était de rigueur, car le but de ces romans était de donner à lire des récits un minimum réalistes et, surtout, éducatifs.

En plus des œuvres, la circulation entre les deux champs littéraires se fait aussi par les auteurs. Ces derniers passent parfois d’un domaine à l’autre, dans un processus de circulation ascendante (de la littérature jeunesse à la générale) ou descendante (de la littérature générale à celle de jeunesse). Ce dernier type de circulation est perçu comme un moyen d’importer un certain capital symbolique à la littérature de jeunesse. Non pas que celle-ci ne sache pas en produire par elle-même, mais cela permet de montrer la nature du lien entre les deux champs. Daniel Delbrassine observe que, dans les années 1990 à 2000, le roman pour la jeunesse est un « espace polarisé » et isolé du reste de la production littéraire.

À partir de 1995, le secteur littéraire pour la jeunesse voit deux grands changements dans sa dynamique commerciale. Tout d’abord, le phénomène Chair de Poule, importé par les éditions Bayard en 1995, va bouleverser les thématiques phares (le fantastique et l’horreur n’étaient pas fort représentés auparavant) et remettre au goût du jour le système des séries pour adolescents. Une esthétique de la surenchère se développe également au niveau de la couverture commerciale. Le phénomène qui nous intéresse le plus est celui qui intervient à partir de 1998 : Harry Potter, édité chez Gallimard et publié dans la collection Folio Junior. Avec ce dernier, les éditions en grands formats revoient le jour sur les étagères des libraires.

Un dernier élément intéressant à aborder, c’est la question des influences au-delà des frontières francophones. Daniel Delbrassine a démontré[8] qu’il pouvait y avoir trois grandes zones d’influence (l’aire anglo-saxonne, la Suède et l’Allemagne), ce qui permet d’inscrire la littérature jeunesse dans le cadre d’un phénomène international avec des visées propres à la culture occidentale. Grâce à cela, il est également possible de trier les différentes spécificités propres à chaque contrée.

À la lumière de ces informations, nous pouvons mieux nous représenter le public-cible. Qu’entend-on par jeunesse ? L’appellation « littérature jeunesse » sert de raccourci pour désigner tout ce qui n’est pas produit pour des adultes, cela comprend les divers formats (aussi bien le roman que l’album, le pop-up et autres hybrides) et les diverses tranches d’âges (des premières années à la fin de l’adolescence). La jeunesse s’oppose donc à l’âge adulte et les démarcations entre les deux champs littéraires sont ainsi posées. Cependant, les limites temporelles sont assez floues : à partir de quel âge débute la jeunesse et quand s’achève-t-elle ? Comme avancé au début de cette synthèse, ces limites d’âge sont surtout une question de catégorisation éditoriale.

Enfin, nous pouvons affirmer en toute logique que la littérature jeunesse s’adresse ainsi à un double destinataire, c’est-à-dire à deux publics en même temps : les adultes – cible première des éditeurs car la plupart du temps c’est eux qui fournissent (et donc choisissent) le livre – et les enfants/adolescents.

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[7] Delbrassine Daniel, Le roman pour adolescents aujourd’hui : écriture, thématiques et réception, Paris, SCÉRÉN-CRDP Académie de Créteil – La Joie par les livres, coll. « Argos Références », 2006.

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